• Dis, c'est quoi un "viking" ?

    Dis, c'est quoi, un "viking" ?

     

    Un viking, c'est un féroce guerrier barbare du Moyen-Age, venu du nord, qui pille et tue.
    Version alternative : un viking, c'est un commerçant scandinave itinérant à l'époque médiévale.

    Et il aurait été possible de s'arrêter là, les deux définitions étant exactes. Sauf que... 


    Plus de trois ans après l'ouverture de ce blog, il me semble temps d'essayer de présenter, assez rapidement, une image un peu moins floue ou caricaturale de ce qu'on entend généralement sous ce terme. Parce que je suis aussi partie du point de départ de chacun : un viking est un scandinave médiéval, sur un bateau à voiles et à rames, qui sous couvert de faire du commerce vient massacrer, incendier et piller d'innocentes victimes désarmées, avec la féroce brutalité du barbare qu'il est. Ce géant blond a les cheveux et la barbe tressés, porte un casque à cornes, et ses voiles à rayures sont annonciatrices de malheur et de mort.

     

    Dis, Thordruna, c'est quoi un "viking" ?

     

    Certes.

    Et les gaulois étaient des grands guerriers roux avec des tresses.

     

    D'où vient le terme ?

    En langue norroise, il existe sous deux formes : viking (féminin), qui désigne l'action de partir en expédition viking, et vikingr (masculin, pluriel vikingar) qui désigne l'homme qui part pour de telles expéditions. Les femmes partaient très rarement, ou alors pour accompagner leurs époux, ou éventuellement, lorsqu'elles avaient des actions financières dans le projet commercial et rien de mieux à faire à la maison (éducation des enfants, rites religieux, gestion des terres, des troupeaux et du personnel...). L'étymologie du mot est encore discutée :

    - vik (vieux norrois) : l'anse, la baie, et "ing" : terminaison indiquant l'action dans les langues germaniques : celui qui vient de la baie. 

    - Viken : celui qui vit comme les gens de la région de Viken (dans la baie du fjord d'Oslo).

    - vig (vieux norrois) : combat, et "ing" : celui qui se bat.

    - vicus (latin) : petite agglomération, puis relais ou comptoir marchand sur une voie de communication, et "ing". Au vu des activités des vikings, c'est cette dernière étymologie qui semble attirer les faveurs des linguistes et des historiens : les vikings étaient ceux qui allaient de ville marchande en ville marchande. Cette origine pour le terme est également corroborée par celle du mot varègue ("viking" de l'est), qui vient de vara, "marchandise", ou "varar", serment d'entraide des marchands en expédition, tradition connue dans d'autres cultures (Venise notamment). 

     

    Le temps des Vikings

        * Au commencement

    Le premier raid viking décrit en Occident serait celui ayant eu lieu sur l'île de Portland, en 789, dont il est fait mention dans la Chronique anglo-saxonne (contemporaine) et les annales de St Neots (deux siècles plus tard), mais dont les différentes versions se contredisent. L'attaque du monastère de Lindisfarne le 8 juin 793 a bien plus ému le monde occidental, et est relatée dans toutes les versions de la Chronique anglo-saxonne. En Occident, la précision est importante, parce que les hommes du nord se livraient déjà entre eux à des pillages et à des raids, comme en attestent entre autres les sagas de Hrolf Kraki et de quelques rois dans l'Heimskringla, qu'ils soient partis eux-mêmes en expéditions (comme Yngve ou Adils, dans l'Ynglinga saga), ou les aient commanditées ou aient eu à lutter contre lorsque leurs domaines étaient concernés (comme Harald Haarfager). Cette activité consistait au départ à s'embarquer (navigation de comptoirs en comptoirs, avec interprètes installés sur place, depuis le VIème siècle), afin de faire du commerce, et, au fil du temps, si l'occasion s'en présentait, à piller et ravager les terres abordées. Les cibles étaient soit les territoires des pays ou comtés voisins, à des fins d'enrichissement et de politique locale, soit, très souvent et pendant longtemps, les rives nord et est de la mer Baltique, où vivaient des peuples ne partageant pas les mœurs et les traditions des scandinaves, et riches de fourrures, d'ambre et d'or. Les expéditions se dirigeaient donc invariablement vers l'est, où l'on pouvait suivre les côtes, et cette époque lointaine fut celle des mystérieux "Rois de mer", dont Snorri décline les noms légendaires en tout premier dans le Nafnathulur. Au VIIIème siècle en Scandinavie, le terme "viking" était déjà porteur d'une notion de voyage et de piraterie.

    L'attaque de Lindisfarne, ilôt au large de la Northumbrie, a été prise comme date du début de la période viking. Elle a fortement choqué le monde chrétien par la violence de l'assaut sur des hommes désarmés, et par l'atteinte sacrilège aux biens de la divinité qui était honorée dans son enceinte, le Dieu des chrétiens. 

     

    Dis, Thordruna, c'est quoi un "viking" ?

     Le prieuré de Lindisfarne 

     

        * L'âge d'or

    De l'an 800 à l'an 1000, le phénomène prend de l'ampleur, et l'afla sér fjár, l'"acquisition des richesses", étant une valeur culturelle majeure chez les scandinaves - l'autre étant l'"acquisition d'une réputation"-, les raids se poursuivent, parfois doublés d'ambitions politiques. C'est la grande époque de l'enrichissement commercial des hommes du nord, de la colonisation des îles Shetlands, Feroë, Orcades, de l'Islande et du Groënland, puis brièvement, du Vinland, surtout par les norvégiens et les danois, et de la main-mise sur la Normandie (Norvégiens), l'Angleterre (Danois), et vers l'est surtout par les Suédois, de l'établissement des royaumes de Gardarike (région de Novgorod), et de Kiev, sur la route des Varègues.

     

    Dis, Thordruna, c'est quoi un "viking" ?

    Arrivée de Rorik et de ses frères sur les rives du lac Ladoga. Apollinary Vasnetsov.

     

    Dans de nombreux cas, l'intégration progressive des scandinaves dans les régions où ils ont pris le pouvoir s'effectue sans trop de heurts, le plus souvent par assimilation avec les peuples locaux grâce à leur génie commercial et diplomatique, à leur implication guerrière dans les conflits internes à titre de mercenaires, et à des mariages. Leurs traditions basées sur la Loi leur permettent de structurer et de centraliser l'administration des sociétés dans lesquelles ils arrivent... et dont ils prennent aisément la tête, parfois même à la demande des autochtones (dans l'est). Ainsi de Hrorek le danois, fondateur présumé de la première dynastie des rois de Kiev, les Rurikides, après avoir gouverné la Frise.

    Ailleurs, c'est par la force qu'ils règnent : en France, après avoir ravagé le pays jusqu'à Paris, Rollon obtient de Charles III le Simple le Traité de St Clair sur Ept qui lui concède la Normandie. En Angleterre, les Danois s'établissent et instaurent le Danelaw, la loi des Danes, et le Danegeld, l'impôt des Danes, en profitant du morcellement du pouvoir dans la région (différents petits royaumes rivaux et non coalisés, assez faciles à réduire, avec à leur tête des rois pas toujours à la hauteur).

     

    Dis, Thordruna, c'est quoi un "viking" ?

     

    En parallèle, les attaques sur les lieux riches et très vulnérables, églises, monastères, abbayes, des royaumes chrétiens se multiplient. Certaines bandes de vikings particulièrement nombreuses et redoutables, comme les Vikings de Jomsborg, sont même employées comme mercenaires ou comme alliées dans les conflits entre royaumes scandinaves : durant la guerre entre Svein Ier de Danemark et son père, Harald à la dent bleue, qui aurait fait partie de cette bande à l'organisation militaire, et entre Eirik de Norvège et le jarl Hakon Sigurdsson, par exemple.
    Cette époque est également celle de l'essor de la garde varègue ou varangienne de Constantinople, corps d'élite de la Tagmata : les vikings ne font pas de bons soldats, mais sont d'excellents guerriers à mentalité de mercenaires, et d'une loyauté à toute épreuve tant qu'ils peuvent être payés, ou se payer directement sur l'ennemi désigné.

    Le commerce est également prospère, et les hommes du nord, lorsqu'ils établissent des échanges avec l'étranger, vendent surtout des produits de luxe : peaux, fourrures, ambre... et esclaves, s'ils ont effectué des raids au passage. La prospérité des scandinaves pendant le haut moyen-âge est directement liée à la demande d'esclaves à Byzance et dans le monde arabe.

     

    Dis, Thordruna, c'est quoi un "viking" ?

     Le marché aux esclaves, entre Arabes et Norses. Sergey Vasilievich Ivanov. 

     

        * Le début de la fin

    La christianisation à marche forcée de la Scandinavie, attestée par Snorri dans l'Heimskringla, trouve son apogée dans la saga de Saint-Olaf : "La coutume avait été bien établie en Norvège que les fils des barons et des puissants partent sur des bateaux de guerre et acquièrent du bien en ravageant tant à l'étranger qu'à l'intérieur du pays. Mais après qu'Olaf eut pris le pouvoir, il pacifia si bien son pays qu'il fit cesser tout pillage. Et s'il était possible de les châtier, il n'avait de cesse qu'ils y perdissent la vie ou les membres. Ni les prières ni les offres d'argent n'y faisaient rien." Olaf II de Norvège meurt en 1030. Sa tâche est poursuivie par son fils Magnus le Bon. En 1047, son demi-frère Harald, avec un passé de viking au Moyen-Orient et en Méditerranée, devient roi de Norvège.  Il utilise encore le raid, à l'encontre du Danemark, comme une arme politique. Il sera le dernier.

    Dans l'est, les royaumes Rus (étymologie : les "roux" ou les "rameurs", surnom des Vikings dans cette zone) sont stabilisés, mais vers le sud, la route devient très incertaine à cause de la poussée vers l'Occident des Petchnègues, peuple nomade d'origine turque qui va jusqu'au Danube et fonde le royaume de Hongrie. Les Varègues ne font plus que du commerce, ou du mercenariat à Byzance.

    Le phénomène viking s'éteint autour de 1050. Ou avec la mort d'Harald l'Impitoyable, en 1066 à Stamford Bridge, trois semaines avant la bataille d'Hastings.

     

    Pourquoi ce phénomène ? 

    Au commencement...

    ... étaient les bateaux.

    Les navires scandinaves bénéficiaient d'une technologie tout à fait remarquable pour l'époque : assemblage à clins pour les coques, avec des bords recouvrant comme les tuiles d'un toit, assurant une meilleure étanchéité, planches d'une seule pièce pour les premiers navires (plus petits), et surtout quille taillée dans un seul arbre, leur conférant une grande souplesse, une armature souple permettant au bateau de se déformer légèrement sous l'impact des vagues, grande maniabilité, avec marche arrière, voile et rames... Dotés de plus d'un faible tirant d'eau, ces bateaux pouvaient aussi bien affronter la haute mer que remonter des fleuves et des rivières ou passer des rapides comme ceux du Dniepr. Il en existait différents types, avec des fonctions variées, qui ne seront pas détaillés ici.

    Equipés de ces navires, les scandinaves, peuple de l'eau - outre la mer, la Scandinavie et le Danemark sont marbrés de fjords, rivières, lacs, marécages... de toutes sortes -, pouvaient aller partout. Et lorsque les navires ne passaient plus, notamment sur la route de l'est, ils pouvaient les porter, d'un cours d'eau à l'autre.

     

    Dis, Thordruna, c'est quoi un "viking" ?

      Bordage à clins. Navire d'Oseberg. 

     

    ... était la nécessité.

    Lors des premiers temps de la constitution des royaumes scandinaves, le temps de l'été, après les récoltes, était mis à profit par les différents rois pour se combattre les uns les autres. Etaient rois alors les chefs qui détenaient un bout de terrain, un fond de fjord, une barre montagneuse... Le piratage était un moyen de s'enrichir pour financer ces luttes intestines, et à l'occasion, d'affaiblir le voisin dont on convoitait les domaines. Cette motivation a perduré jusqu'à la fin, les derniers raids vikings ayant été menés par Harald Hardraada sur le royaume rival de Danemark. Mais les attaques dans le sud s'étaient révélées bien plus lucratives que le pillage local, et ont connu leur essor à l'époque de la structuration des trois principaux royaumes, qui connaissaient des conflits internes pour le pouvoir pour des raisons successorales. 

    Dans le même temps, mettre à profit la belle saison pour développer le trafic de marchandises et d'esclaves plutôt que rester à la maison sans rien faire était éminemment pragmatique. Les vikings occasionnels partaient après les récoltes et rentraient avant les grandes tempêtes. Il faut noter que ceux qui partaient n'étaient pas des gens sans feu ni lieu, sauf exception des quelques bandes de "professionnels", mais le plus souvent des hommes libres, motivés, des chefs locaux, des "drengs", jeunes célibataires en quête de richesses pour s'établir à leur retour etc...

     

    ... était la surpopulation

    Quelquefois évoquée, cette raison ne tient pas tellement la route, historiquement, au vu des données démographiques locales. Certes, un réchauffement climatique au Xème siècle aurait pu expliquer une augmentation de la population. Or, ce n'était pas le cas, et il semblerait que les surfaces cultivées en Scandinavie étaient moins importantes au Moyen-Âge qu'en début de millénaire. En outre, l'expansion viking avait commencé deux siècles avant ce réchauffement. Il est possible aussi que certains aient préféré s'expatrier pour aller conquérir des terres plus faciles à cultiver sous un climat plus clément, mais ce facteur ne peut pas être considéré comme majeur. 

     

    ... était la haine

    Les agissements des francs chrétiens à l'égard des païens du nord, au fil de l'expansion du christianisme, ont été très mal perçus par ces derniers. L'exemple le plus connu et probablement le premier est celui du massacre des saxons par Charlemagne en 782 à Verden : 5000 morts, (les hommes) et plus de 10000 déportés (les femmes et les enfants), en plus de l'abattage de l'Irminsul, l'Yggdrasil germanique. 

     

    Dis, c'est quoi un "viking" ?

     Démontage d'Irminsul par Charlemagne. H. Leutemann.

     

    Dix ans plus tard, les vikings débarquaient à Lindisfarne, et la haine enfla entre chrétiens et païens jusqu'à la sanglante expédition d'Otton II au Danemark (974), et aux non moins répressives politiques d'évangélisation des deux Olaf (I et II) en Norvège, jusqu'en 2030. De nombreux exemples de ces mesures de rétorsion peuvent être trouvées dans l'Heimskringla.

     

    ... était l'énergie

     

     

    Facteurs favorisants

     

    Les raisons du déclin

    Christianisation

    Stabilisation des royaumes et états d'occident 

      

     

     


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